Horizonte Abierto

En décembre 1951, le jeune Ernesto Guevara de la Serna et son ami Alberto Granado entreprirent la traversée du continent Sud Américain en motocyclette. Ils étaient surtout motivés par une soif de liberté et d'aventures initiatiques qui caractérisait une partie de la jeunesse de l'époque, qualifiée de Beat Generation.

L'horizon était ouvert, ils y sont allés.

Au cours de ce périple, le futur Che Guevara a été directement confronté à la misère et à l'exploitation des peuples d'Amérique du sud, ce qui a contribué à forger ses idéaux révolutionnaires. C'était alors un autre horizon qui s'ouvrait à lui et qu'il était tout autant décidé à atteindre, quelques soient les obstacles qui se trouveraient sur sa route.

En décembre 2015, je décidais d'entreprendre le même voyage, non pas en moto mais en Google Street View. Tout au long de ce voyage, j'ai pris des photos de l'horizon ; deux prises de vues à un clic d'intervalle pour créer une photo en 3D du paysage. Ce procédé retranscrit bien l'impression que l'on a en regardant défiler le paysage lors de longs trajets, quand on est perdu dans ses pensées. Plus le paysage défile, plus il semble petit. On ne voit pas de personnes, juste des paysages, quelques bâtiments, et surtout beaucoup de ciel.

Je me demande ce qu'évoquaient au jeune Ernesto ces paysages et ce ciel ? Que lui évoqueraient mes photos de ces paysages 60 ans après son voyage ? Ces routes du monde entier que l'on peut parcourir depuis son ordinateur, sans problèmes mécaniques ou financiers. Ces horizons qui semblent ouvert alors qu'ils se trouvent sur un écran à quelques centimètres de son nez.

Peut-être se demanderait-il qui est ce © Google qui marque l'horizon comme le gaucho marque son troupeau au fer rouge?

 

 

Atahualpa Yupanqui, Los Hermanos (Les frères)

J’ai tant de frères,
Que je ne peux les compter,
Dans la vallée, la montagne,
Sur la plaine et sur les mers.

Chacun avec ses peines,
Avec ses rêves, chacun.
Avec l’espoir devant,
Avec derrière les souvenirs.

J’ai tant de frères,
Que je ne peux les compter.

Des gens aux mains chaleureuses,
De par leur amitié,
Avec une prière pour prier,
Et une complainte pour pleurer.

Avec un horizon ouvert,
Qui toujours est plus loin,
Et cette force pour le chercher
Avec obstination et volonté.

Quand il semble au plus près
C’est alors qu’il s’éloigne le plus.
J’ai tant de frères,
Que je ne peux les compter.

Et ainsi nous allons toujours
Marqués de solitude,
Nous nous perdons par le monde,
Nous nous retrouvons toujours.

Et ainsi nous nous reconnaissons
Par ce même regard lointain,
Par ces refrains que nous mordons,
Semences d’immensité.

Et ainsi nous allons toujours,
Marqués de solitude,
Et en nous nous portons nos morts
Pour que personne ne reste en arrière.

J’ai tant de frères,
Que je ne peux les compter,
Et une fiancée très belle
Qui s’appelle liberté.

 

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